Les sourds dans la société française au 19ème siècle

Les sourds dans la société française au 19ème siècle

LES SOURDS

DANS LA SOCIETE FRANCAISE

AU 19ème siècle

Auteur : FLORENCE ENCREVE

Edition : CréaphisEdition (363 pages)

 

Mis à jour le 18 mars 2019

 

Ce livre m’a été recommandé par une personne très engagée au sein de la communauté sourde.

J’ai donc lu ce livre avec beaucoup d’intérêt dont le but était de m’enrichir, de comprendre l’histoire, la culture sourde.

J’ai été servie ! Que d’étonnements, que d’émotions, de tristesse et d’espoir en lisant ce livre. Il m’a permis de mieux comprendre d’une l’histoire du « peuple sourd », sa culture, ses souffrances, ses espoirs, les méandres du pouvoir et du monde médical.

Je partage avec vous mes réflexions, ce qui m’a marqué, choqué. Comme il y a beaucoup de choses à dire, je le ferait en plusieurs parties.

Je ne peux que vous invitez à lire ce livre qui vous permettra de comprendre l’histoire du monde des sourds.

DE LE PROSCRIPTION DE LA LANGUE DES SIGNES A LA LANGUE DES SIGNES RECONNUE COMME LANGUE DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE

1880 : Congrés de Milan tenu pour l’essentiel par des personnes entendantes, religieuses. L’objectif de ce congrès était de décider « Quelle est la meilleure méthode pour l’amélioration des sourds-muets ». (Je n’emploierai plus le terme sourd-muet, tout simplement parce que le terme muet n’a pas lieu d’être).

Il est clair que dès le départ tout était décidé, cela vous étonne ! Déjà à l’époque, donc au 19ème siècle, les hommes de pouvoir décidaient pour les autres, les considérant comme inférieur à eux.

Ils étaient au nombre de 256 dont 4 sourds dont 2 français, un américain et un italien. Le poids est flagrant !

A ce congrès y a participé une grande figure américaine Edward Miner Gallaudet.

Dans le nombre de personnes entendantes, il y avait la famille Pereire, des catholiques, le ministère de l’intérieur et le ministère de l’instruction publique de France.

Aucun interprète était présent.

Ils ont débattu (pas vraiment de façon démocratique) sur la dite « méthode orale pure », sur la « méthode intuitive », sur la « méthode mixte », sur la « méthode Jacob-Pereire »

Lors de ce congrès, un personnage du nom de l’abbé TARRA a tout fait pour imposer sa méthode, la « méthode orale pure » et aussi sur le déroulement même du congrès (droit de vote, temps de parole). Il terminera le congrès en criant : « Vive la parole ! » et la proscription de la langue des signes était voté.

Parce qu’ils défendent l’idée de l’intégration (pas encore « inclusion », mais à peu de choses près, c’est pareil, en tout cas pour moi) des sourds à la société par la parole.

Tout cela au nom d’un certain progrès !

Les effets de ce Congrès sur le « peuple sourd » sont lourds de conséquences, notamment, un professeur sourd qui enseignait ne peut plus enseigner et est renvoyé et remerciait pour ses bons et loyaux services. Il faut savoir qu’à l’époque, être professeur sourd permettait d’avoir un emploi socialement élevé.

Autre conséquence : la perte à petit feu de la culture sourde, la vie même de la langue des signes, son lexique, son vocabulaire.

Je vous invite à lire ce livre pour comprendre ce qui s’est passé, pour comprendre pourquoi on se bat encore aujourd’hui pour avoir une place « normale » dans notre société française.

Il faudra attendre 1977 pour qu’il y ait une loi abrogeant cette interdiction de pratiquer la langue des signes. C’est tout !

Ensuite, il faudra attendre le 11 février 2005 : Pour que la Langue des Signes Française soit reconnue comme une langue à part entière.

Et en 2008, dans une circulaire, par le ministre de l’Education Nationale, il est inscrit que « la loi reconnaît à la Langue des Signes Française un statu de LANGUE DE LA REPUBLIQUE au même titre que le français.

Réflexion personnelle :

C’est incroyable comment les personnes entendantes pensent être bien placées pour savoir et décider de la meilleure méthode pour le « sourd». Qu’en savent-ils puisqu’ils ne sont pas sourds !
 

Nous sommes en 2019 !!! Et force est de constater que malgré les évolutions, la loi, il reste encore beaucoup à faire pour nos jeunes sourds, pour le peuple sourd, pour les parents d’enfants sourds..

Que malgré tout, le constat est là, l’oralisme à tout prix au détriment de la LSF, oui, encore aujourd’hui. Pourquoi ? Par absence d’informations, par peur, par égoïsme. Il ne faut pas diaboliser la surdité, ce n’est pas une maladie, c’est un état.

Il faut savoir que les enjeux financiers sont colossaux tant au niveau médical, laboratoires, fabricants, il y a un lobbying dans ce domaine très important mais on en parle peu. Et comme vous pouvez vous en douter la prise en charge est miniscule, vous m’en direz tant !

Le corps médical connaît la surdité sur le plan physique, il veut réparer l’oreille au prix du progrès. Là, pas de problème ! Dans leurs longues études, leur est-il proposé d’apprendre les rudiments de la Langue des Signes Française, qui je le répète est une Langue de la République, ni même la LPC (Langue Parlé Complété), de comprendre, d’être sensibilisé à la différence, de savoir comment gérer la communication avec une personne sourde, même appareillé?

Les parents privilégient l’oralisme par un appareillage, un implant (sur des bébés de 6 mois!!!). Ils sont orientés vers l’oralisme par le corps médical, par les pouvoirs politiques. Pour eux, il faut que leur enfant parle absolument pour être « normal », pour être comme « eux », pour plus tard, pour le travail, avoir des copains…Par peur, par ignorance, par absence de connaissances sur la surdité, sur le monde sourd.

Au fond, ils n’acceptent pas la réalité, ils ont peur de la différence, de l’inconnu. Ce que je comprends tout à fait. Mais, essaient-ils de découvrir la LSF, prennent-ils le temps de l’apprendre. Ah ! Mais, non, c’est l’enfant qui devra faire des efforts, toute sa vie, pour comprendre ce que disent ses parents !

Ne perdez pas de vue que c’est une richesse de cumuler les deux et de fait l’enfant sera bilingue.

Voilà pour la première partie, la seconde arrivera bientôt.

Deuxième partie : L’égalité civile

En ces temps bouleversés de la société française, au 21ème siècle, sur la citoyenneté, sur la liberté, sur les droits fondamentaux institués par la Constitution française, force est de constater que les choses n’ont pas beaucoup évolué.

En effet, déjà au 19ème siècle, Ferdinand BERTHIER (1803-1886) revendiquait l’un des principaux droits acquis en 1789 :

« L’égalité civile »

« Les revendications essentielles d’alors étaient essentiellement sociales, à savoir l’égalité des sourds comme les entendants. »

Ferdinand Berthier était un homme investi dans la politique dont le seul but était de faire avancer les choses pour la fraternité des sourds. Il était un fervent défenseur de la communauté sourde française et bien au-delà aussi.

C’est grâce à Ferdinand Berthier que l’hommage à l’Abbé de l’Epée a lieu tous les ans, le premier banquet en son honneur a eu lieu le 30 novembre 1834, cet hommage se perpétue encore de nos jours.

Du fait de l’investissement de Ferdinand Berthier auprès du cercle politique, de la presse, qu’il utilise pour revendiquer l’application des principes de 1789, l’égalité civile. Et avec l’appui de sourds capables d’écrire des articles, de publier des ouvrages, d’organiser des manifestations, de prononcer des discours en LSF. Tout cela pour montrer qu’un sourd peut être cultivé, instruit et parfaitement intégré à la société et ouvert aux entendants.

Réflexion : Cette ambition existe encore aujourd’hui. Bien des personnes sourdes démontrent combien être sourd n’est pas « synonyme d’inintelligibilité, d’infériorité, d’handicap ». Bien au contraire, il y a des écrivains sourds, les réseaux sociaux regorgent de pages au nom des sourds oralistes ou signeurs, les associations, la Fédération.

Au niveau du regard de la société, il y a des avancées.  Mais auprès des politiques, des médias ce n’est pas la même affaire .

Et de nos jours, la « fraternité des sourds » continuent de se battre pour « l’égalité sociale ». Il y a d’autres combats, notamment sur l’enseignement (avant, on parlait d’instruction).

C’est au dernier quart du 19ème siècle qu’apparaît petit à petit le « pouvoir du monde médical », ce au nom du progrès. Puis, des médecins se mettent à la politique et sont pour une majorité républicain. Ils sont pour la laïcisation des écoles pour sourds avec l’oralisation au détriment de la méthode gestuelle. Mais, considèrent toujours que la surdité entrave le développement de l’intelligence.

Il y a à cette époque, un conflit politique, c’est à dire que les écoles pour sourds sont sous la tutelle de Ministère de l’Intérieur et non du Ministère de l’instruction Publique.

Nous arrivons à l’époque de Jules FERRY , où dans le domaine de la surdité, il y avait un principe :  « Que tous les sourds aient accès à l’enseignement de la parole et de la lecture sur les lèvres. Selon les Républicains, il s’agit du seul moyen pour permettre aux sourds d’être le plus possible identiques aux autres Français et donc de les faire accéder à l’égalité civile. »

Jules FERRY a prononcé ses mots  (1885 : époque de la colonisation) : « (…)il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures(…)Il se base sur le devoir de « civilisation » que les « races supérieures » doivent apporter aux « races inférieures »

Réflexion : C’est tout dire de l’état d’esprit de Jules Ferry à cette époque ! qui apparaît pourtant comme un grand homme pour avoir rendu l’enseignement primaire publique et gratuite.

Après 1879, au nom de la société démocratique, elle ne tolère pas la « minorité non conforme » et les sourds en font partie, notamment ceux qui communiquent en langue des signes, car pour les Républicains, ils considèrent cette minorité comme pathologique, avec le soutien des médecins.

C’est à cette époque que les Républicains ont donné plus de pouvoir d’imposition et de contrôle à l’État.

Selon Armand Fallières, ministre de l’Intérieur (nov 1882) déclare que « l’objectif des établissement sourds n’est pas de produire des « hommes instruits » on ne peut y arriver ! Mais des ouvriers capables ! »

Le sourd est un être anormal! « Il faut le corriger pour qu’il s’approche de la norme, si besoin est de manière coercitive ! »

« La langue des signes est le reflet du passé, le symbole de la résistance au progrès. Les entendants représentent la norme, le côté « positif » de l’être humain et les sourds son aspect « négatif » déficient par rapport à l’homme normal ».

Réflexion : Ne ressentez-vous pas comme un écho ? Tant au niveau médical, qu’au niveau de l’État, au niveau d’une certaine normalité.

Ils veulent que la population sourde parle, point bar ! Il se fiche complètement de la personne qu’est un sourd, une personne à part entière avec ses spécificités, ses qualités, ses défauts tout comme un entendant. Les sourds ne demandent qu’une chose, l’égalité comme les entendants et ce dans tous les domaines, et c’est tout à fait faisable et normale.

Arrêtons, comme le dit Patrick Bellisen de diaboliser la langue des signes !

Je m’arrête là, nous constatons avec désolation que bien des choses doivent encore avancer sans relâchement, avec détermination, l’égalité civile.

Vous avez envie d’approfondir, de découvrir l’histoire de la culture sourde au 19ème siècle pour mieux comprendre ce qui se passe de nos jours, lisez le livre tout simplement.

N’hésitez pas à mettre un commentaire si vous avez lu ce livre ou si vous connaissez un livre

que je pourrais lire afin de mettre une critique personnelle.

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